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« Décennie de l’océan » : une résolution de l’ONU peut-elle initier une révolution scientifique ?


L’océan abrite une biodiversité précieuse menacée par les activités humaines. Chun Yu Chen/Flickr, CC BY

En absorbant une part importante de nos émissions de CO2, l’océan régule les effets du changement climatique ; il abrite aussi une biodiversité précieuse et fournit de la nourriture à des millions de personnes.

Mais tous ces services sont aujourd’hui menacés par la pollution et les activités humaines.

En juin 2017, la Commission océanographique intergouvernementale (COI) de l’Unesco a adopté une résolution pour proposer une « décennie de l’océan ». En décembre de la même année, l’Assemblée générale des Nations unies proclamait la période 2021-2030 comme la « Décennie des sciences océaniques pour le développement durable ».

La COI a été chargée de coordonner cette initiative, la mise en œuvre étant assurée par une collaboration entre toutes les parties intéressées et pertinentes au sein du système des Nations unies et au-delà.

Quelles sont ces solutions ? Et comment peuvent-elles être développées d’ici 2030 ?

Transformer notre relation à l’océan

Une transformation radicale de notre relation à l’océan est nécessaire si nous voulons atteindre les objectifs de la « Décennie » : un océan propre, sain, résilient, productif, sûr, accessible, inspirant et engageant.

Certaines pistes prometteuses, qui pourront profiter à l’homme, la nature et l’économie ont déjà été identifiées.

C’est le cas de « l’agriculture océanique régénératrice » qui consiste à se concentrer sur des espèces telles que les mollusques et les algues qui ne nécessitent pas d’apports d’intrants pour leur développement. Ce type de culture est bien développée dans certaines régions d’Asie, mais pas encore à l’échelle mondiale.

L’initiative Greenwave, menée par Bren Smith, pêcheur devenu agriculteur océanique régénérateur aux États-Unis, témoigne de ce type d’action. Avec un investissement limité, il a créé une entreprise rentable combinant varech, palourdes, coquilles Saint-Jacques, moules et huîtres. Une telle approche pourra être développée au sein de fermes, proches les unes des autres, et collaborant sur les écloseries, la transformation et le soutien scientifique.

Vidéo sur les pratiques de cultures régénératrices (GreenWave, 2020).

La gestion durable des pêcheries et de la mariculture est également nécessaire. Elle réclame une action politique soutenue avec un partage des données, des informations et de la connaissance scientifique.

Dans ce contexte, la combinaison d’approches agricoles expérimentales et de tests scientifiques sur les espèces ainsi que l’analyse des nutriments et des contaminants semble très prometteuse.

Transport maritime et énergies renouvelables

Outre la pêche et l’aquaculture, le transport océanique constitue un secteur clé de l’économie mondiale.

Même si le transport océanique a une empreinte environnementale considérablement plus faible que le transport terrestre ou aérien, son intensification de réduire et à terme d’éliminer les émissions de gaz à effet de serre qui y sont associées.

Les navires disposés à proximité du rivage et le transport maritime à courte distance, utilisant des batteries électriques, ont déjà fait leurs preuves ; des solutions basées sur les piles à hydrogène pour ces applications sont en train d’émerger.

Pour la navigation en haute mer, une possibilité intéressante consiste à alimenter les navires en énergie renouvelable, d’origine océanique. Sur la base du potentiel géophysique, technique et économique, l’énergie éolienne en mer devrait être multipliée au moins par 40 d’ici 2050 (par rapport à 2018).

Une partie de cette électricité peut être convertie en hydrogène et en ammoniac dans les stations de ravitaillement en mer utilisées par les navires. Cela peut sembler de la science-fiction, mais plusieurs projets menés par l’industrie sont en cours, notamment en mer du Nord.

Accélérer l’innovation pour concrétiser ces possibilités suffisamment tôt afin d’éviter la catastrophe climatique mondiale devrait être une priorité.

Les effets cumulatifs de nos activités

Outre le fait qu’il est susceptible de fournir une part substantielle de l’approvisionnement mondial en protéines et en nutriments, d’alimenter les transports maritimes et les activités terrestres, l’océan offre nombre d’autres possibilités.

La protection des côtes contre les tempêtes et les tsunamis par le maintien et la restauration des mangroves permet également de stocker du carbone, tout comme d’autres types de forêts dites « bleues » – les herbiers marins, les marais salants et les laminaires.

Herbier marin à la Réunion.
Wikimedia, CC BY-SA

Les aires marines protégées ont fait leurs preuves en matière de conservation de la biodiversité et de durabilité de la pêche commerciale à proximité. Après tout, le tourisme côtier dépend de régions océaniques et côtières propres et attrayantes, et leur conservation a un impact positif sur le bien-être humain.

Nombre de ces questions ont en commun le fait qu’elles ne peuvent être traitées isolément. Il faut au contraire adopter une approche intégrée, fondée sur la science. Par exemple, l’éolien en mer est très prometteur, mais il doit être implanté là où il n’entre pas en conflit avec d’autres utilisations.

Les impacts cumulatifs des activités humaines doivent être considérés ensemble dans le cadre d’une approche fondée sur les écosystèmes.

Un cadre pour l’innovation scientifique

Apporter un soutien scientifique à la planification durable des océans constitue un défi majeur pour la communauté scientifique.

Cette révolution nécessaire elle déjà en marche, non seulement dans l’innovation technologique pour l’énergie, l’alimentation ou le transport, dans la caractérisation biogéographique de l’environnement océanique, y compris sa biodiversité, mais aussi dans la façon dont nous orchestrons toute l’interface science-politique-société.

Si nous souhaitons gérer durablement la production de produits de la mer, atténuer le changement climatique, enrayer la perte de biodiversité, saisir les opportunités de relance économique et gérer l’océan de manière holistique, une série de révolutions scientifiques s’impose.

La « Décennie de l’océan » représente dans ce contexte une occasion unique à saisir pour tous les océanologues.


Depuis 60 ans, la Commission océanographique intergouvernementale de l’Unesco (COI) encourage la coopération internationale et coordonne les programmes de recherche marine, les services, les systèmes d’observation, l’atténuation des risques et le développement des capacités afin de comprendre et de gérer efficacement les ressources de l’océan et des zones côtières.

The Conversation

Peter M. Haugan ne travaille pas, ne conseille pas, ne possède pas de parts, ne reçoit pas de fonds d'une organisation qui pourrait tirer profit de cet article, et n'a déclaré aucune autre affiliation que son organisme de recherche.



Peter M. Haugan, Programme director IMR Global Development, Institute of Marine Research, professor, University of Bergen

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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