Image default
Animaux info

Nous avons installé un microphone sur des lynx du Canada et voici ce que nous avons découvert…

Notez cet article


La vie secrète des lynx est révélée par des enregistrements audio (Shutterstock)

Les écologistes de la faune étudient ce qui motive le comportement des animaux, mais ils sont souvent difficiles à analyser. Les écosystèmes sont incroyablement complexes, les comportements sont déterminés par de nombreux facteurs internes et externes et l’observation en elle-même n’est pas évidente à faire.

En tant qu’écologistes de la faune, nous savons que lorsque nous observons des animaux sauvages, il nous est impossible de connaître l’effet de notre présence sur le comportement du sujet – sans parler de la difficulté de suivre les animaux dans leur environnement, notamment ceux qui parcourent de vastes étendues forestières. Nous devons donc recourir à des moyens furtifs.

un lynx avec sa bouche grande ouverte
L’enregistrement et l’analyse des sons du lynx ont révélé de nouvelles informations sur son comportement.
Shutterstock

Dans le cadre d’une étude publiée récemment, nous avons découvert une méthode efficace pour surveiller le comportement de l’un des prédateurs les plus insaisissables de la forêt boréale : le lynx du Canada. Bien que le repérage par GPS ne soit pas nouveau, il ne sert généralement qu’à observer les déplacements de la faune.

Dans notre cas, nous voulions nous plonger dans la vie secrète de ce félin mystérieux et enregistrer ses paysages sonores. Après plusieurs tentatives infructueuses et quelques solutions astucieuses, nous avons trouvé le moyen de fixer un petit microphone à nos colliers pour lynx – et cela nous a fait découvrir un tout nouveau monde.

D’excellents enregistrements

Nous avons été heureux de constater que ces enregistreurs étaient très efficaces pour capter le comportement des lynx : « chats vivant leur vie de chat » (faire sa toilette, dormir) ; le comportement social (interactions agressives, ronronnements, appels sociaux à distance) ; et le comportement de chasse (poursuivre, tuer, manger).

Au cours des cinq années de notre recherche dans la région de Kluane, au Yukon, nous avons recueilli plus de 14 000 heures d’enregistrements audio pour 26 lynx. Après avoir utilisé diverses méthodes de traitement des données, nous avons pu identifier avec une précision de 87 % – un exploit – les fois où les lynx du Canada réussissaient à tuer un animal.

Auparavant, pour savoir qu’un lynx avait tué une proie, il fallait souvent une journée entière de marche en raquettes et de pistage intensif pendant les courtes journées d’hiver au Yukon. En enregistrant plusieurs lynx, nous avons pu recueillir des informations 24 heures sur 24, tout en gardant nos pieds au chaud près d’un poêle à bois dans une cabane rustique.

Outre les enregistreurs audio, nous avons également fixé des accéléromètres – de petits appareils qui mesurent l’activité dans le temps, comme on en trouve dans les FitBit. Associées aux dispositifs de suivi GPS, ces technologies de « biologging » fournissent un aperçu sans précédent des comportements complexes de ces félins.

Des lynx et des lièvres

Le comportement de chasse du lynx nous intéresse particulièrement. Les populations de lynx du Canada et de lièvres d’Amérique suivent un cycle de hausses et de baisses de population. Lorsque les populations de lièvres sont élevées, les lynx ont beaucoup à manger. Ensuite, le nombre élevé de lynx provoque le déclin des populations de lièvres, ce qui entraîne un effondrement des populations de lynx. Lorsque les lièvres sont moins chassés en raison de la diminution du nombre de lynx, la population augmente à nouveau, ce qui relance le cycle. Tout cela se produit sur une période d’environ huit à dix ans.

un bébé lynx
Les populations de lynx sont affectées par leur approvisionnement en nourriture, mais les chasseurs sont plus habiles à s’adapter qu’on ne le pensait auparavant..
Shutterstock

Les populations de lynx sont affectées par les fluctuations dans leur approvisionnement en nourriture, mais ces chasseurs sont plus habiles à s’adapter qu’on ne le croyait jusqu’ici.

Mais les choses sont peut-être plus complexes : les lynx se tournent vers d’autres proies, comme l’écureuil roux, lorsqu’il manque de lièvres. Nos colliers faits sur mesure nous aident à comprendre à quel moment ce changement peut se produire et à déterminer si les lynx peuvent réagir de différentes façons à la diminution du nombre de lièvres d’Amérique.

Nous avons également constaté avec étonnement un comportement plus social que prévu. Les lynx sont connus pour être des animaux solitaires qui vivent et chassent seuls pendant la majeure partie de l’année. Mais beaucoup de nos lynx munis d’un collier, en particulier les femelles adultes, paraissaient interagir assez souvent les uns avec les autres par groupes de deux ou trois : ils dormaient, faisaient leur toilette, se déplaçaient et même chassaient ensemble.

Bien que nos colliers aient révélé ce surprenant comportement social, il semble que les lynx ne partagent pas leur nourriture : après les avoir entendus tuer une proie, nous entendions souvent de nombreux grognements et grondements, comme s’ils repoussaient les tentatives d’approche des autres lynx. Ce comportement social influence-t-il leur capacité de trouver et de tuer des proies ? C’est l’une des nombreuses nouvelles questions que nous nous posons sur le comportement des lynx pendant que nous continuons à explorer la vie de ces étonnants prédateurs boréaux.

The Conversation

Rachael Derbyshire reçoit des fonds du Fonds de bourses d'études supérieures du Canada du CRSNG, du Programme de formation scientifique dans le Nord et de la bourse de la Fondation W. Garfield Weston de la Wildlife Conservation Society Canada en conservation du Nord. Cette recherche n'a pas été possible sans l'autorisation de la Première nation Champagne et Aishihik et de la Première nation Kluane, qui ont réalisé ce travail sur leurs territoires traditionnels, et sans le soutien du gouvernement du Yukon.

Pour la recherche présentée ici, Allyson Menzies a reçu des fonds du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG ; programme de bourses Vanier et programme CREATE), de la W. Garfield Weston Foundation, de la Wildlife Conservation Society et du Programme de formation scientifique dans le Nord. Les Premières nations Champagne et Aishihik lui ont accordé la permission de mener des recherches sur leur territoire, au Yukon. Allyson travaille actuellement en partenariat avec l'Université de Guelph et Nature United.

Emily Studd reçoit des fonds du Conseil de recherches en sciences naturelles et en génie (CRSNG), de la Fondation W. Garfield Weston et du Programme de formation scientifique dans le Nord. Les Premières nations Champagne et Aishihik lui ont accordé la permission de mener des recherches sur leurs terres, dans le territoire du Yukon. Pour cette recherche, Emily était affiliée à l'Université McGill et à l'Université de l'Alberta.



Rachael Derbyshire, PhD candidate, Ecology, Trent University

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

Autres articles à lire

Compter les mammifères, les oiseaux et les bousiers pour protéger l’Amazonie

adrien

Amitiés, démence et impatience : les poissons nous ressemblent plus que nous croyons !

adrien

Mieux comprendre la diffusion des virus entre les espèces

adrien

Origine du virus de la Covid-19 : la piste de l’élevage des visons

adrien

Mieux connaître le lynx boréal grâce à l’écologie statistique

adrien

La biodiversité expliquée aux enfants et aux ados

adrien