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Tchernobyl, paradis des loups persécutés


Un loup à l'intérieur de la forêt rouge de la zone d'exclusion de Tchernobyl, en Ukraine, en septembre 2016. REDFIRE Project / Nick Beresford, Sergey Gashchak, Author provided

Le loup est une espèce qui suscite des passions contradictoires. Pour certains, elle représente une menace sérieuse pour l’élevage extensif et les traditions rurales. Pour d’autres, il est le symbole de la nature sauvage et un élément fondamental pour l’équilibre des écosystèmes.

Bien qu’il s’agisse d’une espèce protégée dans toute l’Europe,le loup est chassé sans relâche, tant dans les pays où il se fait rare, comme la Suède et la Norvège, que dans ceux où il est plus répandu, comme l’Espagne. Menacé d’extermination dans une grande partie de l’Europe, le loup a finalement été confiné dans quelques refuges isolés.

Paradoxalement, Tchernobyl est devenu l’un d’entre eux.

Cela fait maintenant 35 ans qu’une catastrophe s’est produite à la centrale nucléaire de Tchernobyl, en Ukraine. Cet accident, le plus grave de l’histoire nucléaire, a entraîné l’évacuation de quelque 350 000 personnes et la création d’une zone de plus de 4 000 km2, pratiquement inhabitée, sans activité humaine, avec pour seuls occupants des animaux sauvages.

La zone d’exclusion de Tchernobyl abrite aujourd’hui une grande diversité d’animaux sauvages, dont de nombreux grands mammifères d’Europe, tels que le lynx boréal, l’ours brun et le loup.




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Les loups de Tchernobyl

Au moment de l’accident, les loups étaient présents à Tchernobyl, bien qu’intensément persécutés par la population locale. Trois décennies plus tard, Tchernobyl compte toujours l’une des plus fortes densités de loups d’Europe. Les enquêtes de terrain dans la partie biélorusse de la zone d’exclusion ont révélé la présence de plus de 100 individus par 1 000 km². Dans cette zone, les loups sont sept fois plus nombreux que dans les réserves naturelles voisines.

Groupe de loups se nourrissant des restes d’un élan, dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, en Ukraine, en 2020.
CHAR Project/Nick Beresford, Sergey Gashchack

L’abondance des loups à Tchernobyl n’est pas conditionnée par les niveaux de radiation. L’espèce occupe toute la région, des zones les moins contaminées aux environnements tels que la forêt rouge (appelée aussi forêt rousse), l’un des endroits les plus radioactifs de la planète. À ce jour, aucun effet négatif des radiations sur les loups vivant à Tchernobyl n’a été détecté.

Certains chercheurs pensent que la présence de loups à Tchernobyl n’est que le reflet de l’augmentation des populations de loups en Europe. Mais cela n’explique pas pourquoi ils y sont si abondants, plus que dans toute autre région, ni pourquoi ils occupent tous les habitats de Tchernobyl, quel que soit le niveau de radiation.

Groupe de loups vivant dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, en Ukraine, en 2021.
CHAR Project/Nick Beresford, Sergey Gashchack

Plusieurs facteurs expliquent l’abondance des loups à Tchernobyl. Le principal est le fait que les humains, absents de la zone, ne peuvent pas les persécuter. Le maintien d’une très grande zone exempte de présence humaine est décisif. Comparé aux plus de 4 000 km2 de Tchernobyl, le parc national des pics d’Europe, en Espagne, ne couvre qu’environ 650 km2. La zone d’exclusion abrite également en abondance les principales proies naturelles du loup : élans, cerfs, sangliers et castors. Sans intervention humaine, même en dépit de l’environnement radioactif, le loup et ses proies maintiennent un système prédateur-proie totalement naturel.

Un loup européen chassant un élan dans la forêt rouge, zone d’exclusion de Tchernobyl, Ukraine, en 2017.
REDFIRE Project/Nick Beresford, Sergey Gashchack

Des loups en mouvement

Récemment, un jeune loup équipé par des scientifiques d’un collier émetteur GPS a été détecté en train de se déplacer de Tchernobyl vers des zones extérieures. Cela montre que Tchernobyl devient un lieu à partir duquel la faune se propage vers les zones voisines, plutôt que comme une zone dangereuse où les animaux entrent et meurent des radiations.

Un loup européen à côté d’un enregistreur de sons dans la forêt rouge, zone d’exclusion de Tchernobyl, Ukraine, en 2016.
REDFIRE Project/Nick Beresford, Sergey Gashchack

Le déplacement de ce loup ne diffère pas de celui de nombreuses espèces migratrices qui utilisent Tchernobyl pendant la saison de reproduction ou l’hiver, et ne présente aucun risque pour la faune sauvage d’ailleurs. La dispersion des jeunes loups est un processus naturel chez ces animaux, résultat de la nécessité de rechercher de nouveaux territoires lorsque les populations sont trop nombreuses à un endroit. Elle ne contribue en aucun cas à la propagation de mutations causées par les radiations qui pourraient être néfastes pour l’espèce.

L’avenir des loups de Tchernobyl

Trois décennies après l’accident, la zone d’exclusion de Tchernobyl doit maintenant relever le défi de définir son avenir et, avec lui, celui des loups qui l’habitent.

Il faudra concilier la gestion d’une zone encore contaminée avec le démantèlement de la centrale nucléaire, le développement du tourisme et la conservation de la nature.




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Un loup dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, en 2015.
TREE Project/Nick Beresford, Sergey Gashchack

Il existe une opportunité de préserver, à Tchernobyl, une zone presque unique en Europe : un lieu dédié non seulement à la mémoire de l’accident, mais aussi à l’étude et à la conservation de la nature. L’entretien de cette vaste zone sera vital pour la conservation d’une multitude d’espèces menacées.

Ainsi, 35 ans après l’accident nucléaire qui devait mettre fin à toutes formes de vie dans cette région pour des milliers d’années, Tchernobyl est devenu l’un des grands refuges européens pour les loups persécutés. Et cela devrait continuer ainsi.

The Conversation

Germán Orizaola reçoit des financements du ministère des Sciences et de l'Innovation (Espagne) par le biais du programme " Ramón y Cajal " (RyC-2016-20656), de la Principauté des Asturies par le biais du " Programa Grupos de Investigación " (IDI/2018/000151) et de la British Ecological Society (SR20-1169).



Germán Orizaola, Investigador Ramón y Cajal, Universidad de Oviedo

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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